Trump, DEI et l’attaque en règle contre la diversité : l’ère du recul

Sous l’impulsion de Trump, les États-Unis amorcent une régression brutale en matière de lutte contre les discriminations. Le nouveau président a ainsi mis fin aux programmes Diversity, Equity, Diversity (DEI), devenus incontournables après les manifestations de 2020 contre le racisme systémique. Ces programmes concernent principalement les initiatives internes du gouvernement et les entreprises privées. Dans la foulée, Trump a signé un nouvel ordre exécutif abrogeant l’ordonnance 11246 de 1965, datant de Lyndon Johnson, qui interdisait la discrimination raciale et sexuelle envers les employés des entreprises cherchant des contrats fédéraux.

La Maison Blanche a également ordonné la suspension des travailleurs fédéraux impliqués dans ces programmes, en les mettant en congé et en encourageant la délation à leur encontre. Elle a aussi décrété la fermeture des sites et des réseaux sociaux relatifs à la DEI. Le message est clair : Trump désire « revenir à un système fondé sur le mérite » – un terme qu’on pourrait facilement assimiler à une volonté de revenir à une gouvernance blanche et conservatrice. Cette mesure risque de ruiner les avancées sociales réalisées sur des décennies.

L’attaque contre la DEI dans le privé

Le secteur privé n’est pas épargné. Trump a ordonné aux agences gouvernementales d’enquêter sur les entreprises adoptant des pratiques DEI jugées trop militantes, notamment celles incluant des quotas de diversité. Cette pression se fait ressentir alors que les entreprises sont attaquées à la fois par des groupes conservateurs comme le National Center for Public Policy Research et la menace d’actions en justice. Les appels à « punir » les entreprises adoptant de telles politiques se multiplient.

Cependant, certaines grandes entreprises résistent à cette pression. Costco, par exemple, a défendu vigoureusement ses initiatives DEI lors de son assemblée générale. Leur position se justifie par l’argument que la diversité est un facteur clé de leur succès en matière de recrutement et de fidélisation des talents. De même, Microsoft, Apple et Pinterest continuent d’affirmer leur engagement en matière de diversité, malgré une vague de pressions externes et la menace de sanctions. JPMorgan Chase, sous la direction de Jamie Dimon, a fait savoir qu’il ne renoncerait pas à ses efforts pour maintenir des programmes de DEI.

Le recul général et ses conséquences

Néanmoins, la tendance générale reste à la rétraction des programmes DEI. La mise en retrait de Walmart et Meta montre que les grandes entreprises n’échappent pas à la pression croissante. En conséquence, le nombre d’offres d’emploi dans le secteur DEI a chuté de manière spectaculaire, avec une baisse de 93 % des postes disponibles par rapport à l’année précédente. Cette régression met en lumière un climat de plus en plus hostile envers la diversité dans les entreprises.

Pour certains observateurs, cette rétraction signifie la fin des initiatives DEI pour les entreprises qui ne sont pas véritablement engagées sur le sujet. John Rice, fondateur de Management Leadership for Tomorrow, considère que les entreprises qui résistaient déjà à l’idée de la diversité utiliseront cette pression pour revenir à un modèle plus conservateur. En revanche, celles qui croyaient fermement à ces valeurs poursuivront leur engagement, contre vents et marées.

La fin des avancées sociales ?

Cette offensive menée par Trump contre les programmes DEI marque une régression préoccupante en matière de lutte contre les discriminations aux États-Unis. Si les efforts en faveur de la diversité et de l’inclusion continuent d’être soutenus par certaines entreprises, la tendance générale montre une rétraction de ces initiatives. Au-delà de l’impact immédiat sur les programmes de diversité, cette situation soulève des inquiétudes plus larges sur l’avenir des droits civiques.

En Europe, si l’inquiétude gagne en raison de l’extrême-droitisation du champ politique et médiatique, le cadre juridique de l’UE demeure solide, fondé sur des textes comme la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne et la directive 2000/78/CE, qui interdisent toute forme de discrimination. La France, quant à elle, repose sur un cadre juridique renforcé, incluant la loi de 2008 contre les discriminations, qui lutte contre la discrimination dans des domaines tels que l’emploi, le logement ou l’accès aux services publics. Ce cadre protège contre des régressions similaires à celles observées aux États-Unis, bien que des changements politiques ou législatifs puissent toujours fragiliser ces avancées si la vigilance est relâchée.

Sources

  • Gallogly, Nell. « As D.E.I. Programs Come Under Attack, Companies Like Costco and Microsoft Forge Ahead. » The New York Times, 22 janvier 2025. Lien
  • Wiessner, Daniel. « Trump says corporate diversity efforts are illegal – but are they? » Reuters, 23 janvier 2025. Lien
  • Allen, Terina. « All Federal DEI Employees Will Have Email Access Suspended and Be Placed on Leave Wednesday. » Forbes, 22 janvier 2025. Lien
  • « Federal Workers Told to Name DEI Colleagues or Risk Adverse Consequences. » NBC News, 23 janvier 2025. Lien